Des policiers peu équipés contraints d’affronter des bandits lourdement armés

By | January 5, 2020

« Protéger et servir », c’est la mission des 15 000 membres que compte la Police nationale d’Haïti (PNH). Qu’advient-il quand ces protecteurs viennent à manquer eux-mêmes de protection ? Témoignages

La carrière du policier Berson Angran a basculé un après-midi de juillet 2019. À la tête d’une équipe de quatre policiers, il a été posté à l’angle de la rue Joseph Janvier et du boulevard Harry Truman. Il devait guetter une sortie éventuelle des bandits du Village de Dieu qui d’habitude pointent leur nez à l’angle de la rue Chareron, en face des locaux de l’Électricité d’Haïti.

Avec 2 Galils, un M14 et un fusil Type 65 dans une petite voiture de marque Terios, le policier dit avoir vite compris que lui et ses collègues ne pourront faire face à la trentaine d’hommes lourdement armés qui progressaient sur le boulevard en partance du Village de Dieu.

Surpassés en nombre et peu équipés, le policier et ses collègues ont pris la décision de battre en retraite et d’aller se réfugier quelques mètres plus loin, devant le parquet de Port-au-Prince, en attendant l’arrivée des renforts qu’ils ont appelés.

Après des heures passées à attendre, le chef d’équipe a levé l’ancre et s’est rendu à son commissariat, afin de protéger sa vie et celle de ses collègues. Surprise. Son arme de service a été confisquée en guise de punition. Aujourd’hui, Berson Angran est transféré dans le nord-ouest du pays, loin de sa femme et de ses trois enfants.

Le policier qui considère ce transfert comme un abus dit avoir protesté sans succès. Il souligne : « J’ai été transféré du département de l’Ouest au Nord-Ouest, donc d’un département à un autre. Ce genre de transfert doit être signé par le directeur général de la PNH. Or, le mien est signé par un simple directeur départemental ».

Questionné sur ce point, le porte-parole de la PNH Michel-Ange Louis Jeune estime que ce dossier de transfert est « flou ». Il exige la présentation de «l’ordre de transfert » du policier « pour pouvoir vérifier la véracité des faits ». Ce qu’Ayibopost a refusé puisque nous avons garanti l’anonymat au policier. Interrogé sur les procédures de transfert au sein de la PNH, le commissaire a refusé de répondre.

Un agent malade dans une zone de conflit

Fin d’octobre dernier, deux chefs de gangs s’étaient donné rendez-vous à Martissant pour se mesurer en vue du contrôle de cette zone stratégique. Pierre Delin, âgé d’une cinquantaine d’années, et souffrant à la fois de l’hypertension et de l’hyperglycémie a été placé dans un point fixe dans cette zone de conflit.

Le policier et ses collègues ont été contraints, malgré eux, à passer toute la journée dans un véhicule non blindé, bien identifié avec seulement leurs armes de poing, sans casques ni gilets pare-balles.

Sur ce point, le porte-parole de la PNH indique que l’institution tient compte de l’état de santé de ses membres avant de leur confier une tâche. Il suffirait d’avoir des documents prouvant son incapacité pour qu’un agent de police puisse bénéficier de la clémence de son supérieur hiérarchique.

Pierre Delin confirme avoir mis ses supérieurs au courant de son état de santé et soumis les documents exigés. Son dossier reste à ce jour classé sans suite.

Des policiers livrés à eux-mêmes

A 52 ans, Pierre Delin compte environ 15 ans de carrière au sein de la PNH. Aujourd’hui, ses deux maladies chroniques, fruits de l’âge et aussi du stress de la profession, contraignent le policier à se rendre chaque mois dans une commune hors de la région métropolitaine, en quête de soins de santé dans un hôpital dirigé par une institution caritative. LIRE LA SUITE SUR https://ayibopost.com/

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